Alors que s'ouvre mardi 13 septembre le Space de Rennes, le média indépendant breton Splann ! sort une enquête sur la méthanisation en Bretagne.

Les agriculteurs sont de plus en plus nombreux à investir dans des méthaniseurs pour recycler leurs déchets organiques mais la multiplication des installations pose plusieurs problèmes. Julie Lallouët Geffroy, journaliste et co-auteure de cette enquête était invitée sur France Bleu Armorique ce mardi à 8h20.
Beaucoup de risques, pas assez de contrôles

France Bleu Armorique : Ces méthaniseurs permettent de transformer des déjections animales en énergie, en biogaz et en électricité. Sur le papier, c'est écologique et les agriculteurs peuvent faire tourner leurs exploitations avec cette énergie et vendre le surplus.

Mais dans votre enquête, vous détaillez également de grosses conséquences pour l'environnement. Quelles sont-elles ?

Julie Lallouët Geffroy : Les accidents sont réguliers. Les méthaniseurs sont de gros dômes souvent verts ou gris, qu'on voit partout dans la campagne. On met plein de matières dedans, des effluents d'élevage, lisier, fumier, mais aussi des cultures, des céréales et du maïs. On fait tourner tout ça, on dégage du méthane et ce qui reste en grande quantité, c'est du digestat dont on va s'en servir comme engrais. Il arrive régulièrement que du digestat se déverse sur les sols, dans les cours d'eau et là c'est comme quand on met plein d'engrais quelque part : ça tue toute la faune et la flore. Parfois, ça peut aller jusqu'aux stations de pompage d'eau potable. On pense notamment à l'accident de Châteaulin, dans le Finistère, en août 2020, avec quasiment 200.000 personnes sans eau potable pendant une semaine.


Julie Lallouët Geffroy : En théorie, effectivement, ces installations doivent être contrôlées. Ce sont des installations classées car elles peuvent faire porter un risque sur l'environnement. Sauf qu'il existe trois catégories d'installations, les petites, les moyennes et les grosses. Pour les petites installations, il n'y a pas de contrôle obligatoire, tout est fait sur du déclaratif. En Bretagne, on a plutôt sur des petites installations, avec moins de contrôles des services de l'État. Ils ont documenté un petit peu ces accidents et montrent qu'il s'agit souvent d'un défaut de matériel et d'un défaut de formation qui s'explique notamment parce qu'on est sur une filière naissante mais qui est en train de se structurer. Aujourd'hui en tout cas, on voit qu'il y a beaucoup d'incidents et ces questions de formation font défaut.

France Bleu Armorique : Les agriculteurs sont incités à investir dans ces méthaniseurs. Actuellement, il y en a 186 en Bretagne et une centaine supplémentaire doivent voir le jour d'ici un an. Quels problèmes l'arrivée de nombreux méthaniseurs peut poser à l'avenir ?

Julie Lallouët Geffroy : Déjà, on voit qu'il y en a déjà beaucoup. Il y a la question de la taille et du dimensionnement. Il y a aussi beaucoup d'incitations pour aller vers des méthaniseurs de plus en plus gros, qui utilisent une technologie qui nécessite plus d'investissements.

Plus on va chercher loin, plus il faut du volume et plus on multiplie les risques - Julie Lallouët Geffroy

France Bleu Armorique : Ces méthaniseurs seraient sans doute davantage contrôlés dans ces cas-là ?

Julie Lallouët Geffroy : Exactement mais en fait, c'est encore la différence entre la théorie et la pratique. Si c'est plus gros, c'est plus contrôlé mais s'il y a un accident, ce sera un gros accident. Donc ça pose des questions au niveau des contrôles. Et puis ça pose la question de la dimension de la fameuse marmite. Parce que quand on est sur une petite marmite, on fait venir sur son exploitation les effluents de son élevage et les déchets de ses cultures et pourquoi pas des cultures dédiées à la méthanisation comme le maïs. Mais si je fais une grosse marmite, il faut la remplir en permanence toute l'année. Du coup, je vais chercher les déchets chez mes voisins ou ailleurs, en prenant par exemple des déchets des abattoirs. Et donc, plus on va chercher loin, plus il faut du volume et plus on multiplie les risques, tout simplement.
Les céréales, source d'alimentation mais aussi... de méthane

France Bleu Armorique : Une partie de l'enquête est consacrée à l'enjeu énergétique. En pleine crise de l'énergie, ces méthaniseurs peuvent se transformer en mine d'or et devenir des unités de production de gaz, rachetée ensuite par des industriels de l'énergie. Comment est-ce qu'on en arrive là ?

Julie Lallouët Geffroy : C'est effectivement la question de la taille et du volume. Qui peut investir 5 millions d'euros ? Quel producteur de lait ou de porc qui fait face aux aléas du prix ? Il faut avoir les reins solides. Alors on va commencer à regarder la mécanisation autrement. Est-ce qu'on regarde la méthanisation comme un complément qui va s'insérer dans le modèle d'exploitation d'une ferme ? Ou est ce qu'on va d'abord produire de l'énergie ? Et dans ce cas-là, ces fameuses matières organiques, végétales ou animales qu'on va mettre dans la mécanisation, on les regarde complètement autrement. Les déchets animaux comme le lisier et le fumier dégagent assez peu de méthane. En revanche, les cultures en dégagent beaucoup plus et le maïs est plus rentable. Dans ce cas là, on va regarder les déchets d'abord pour leur potentiel, leur capacité à dégager du méthane donc on va produire plein de céréales pour faire plein de méthane.

France Bleu Armorique : Et ce sont des céréales qui ne vont pas être utilisées pour l'alimentation du bétail ou pour l'alimentation humaine...

Julie Lallouët Geffroy : C'est exactement ce qui est en train de se passer en ce moment avec la sécheresse.

Là, par exemple, on a de la concurrence sur le maïs qui permet à la fois de nourrir les animaux et de faire du méthane.

La concurrence fait que le prix du maïs est en train de monter.

 

Plus de détail avec la carte en suivant ce lien